[A voir… ou a lire ?] Game of Thrones : quand la série fait regretter le bouquin

La septième et avant-dernière saison est bientôt terminée. On se régale toujours de cette série devenue culte mais cette fois le lecteur que je suis émet quelques réserves. Pas de spoilers dans cet article !

Si vous avez déjà vu l’épisode 6, le final ne sortant que la semaine prochaine, et que vous ne vous souciez pas des spoilers, vous pouvez vous rendre sur cet article de Konbini : Game of Thrones est devenu un blockbuster américain (et c’est un problème), qui résume précisément tout ce que j’en pense.


Il ne fait pas bon être fan des livres de George Martin en ce moment. En effet, celui-ci repousse encore la date de publication de The Winds of Winter, le sixième tome, attendu depuis 2011 et supposé couvrir la saison 6, autrement dit celle de l’an dernier. Si les grandes lignes ont été définies par l’auteur du roman auprès des producteurs d’HBO, l’univers de la série a clairement pris son indépendance… et même le dessus dans le cœur des fans. Le lecteur que je suis est obligé de s’asseoir sur l’œuvre originale et d’accepter que la série dépasse le bouquin, comme je l’ai écrit l’an dernier. Il y a deux ans, j’encourageais encore les spectateurs potentiels de la série à découvrir les romans en premier. A quoi bon, me direz-vous ?


C’est que, au vu de cette septième saison, volontairement retardée et coupée en deux pour tirer un an de plus, la tendance est en train de s’inverser. On en vient à regretter d’autant plus les délais de publication du prochain roman – et qui risque d’amener le septième et dernier tome à l’horizon 2024…!

Toujours est-il que la rupture effectuée par la série se ressent désormais trop fortement et fait baisser la qualité de l’ensemble. Finies les intrigues, les dialogues et les développements psychologiques dignes du théâtre de Shakespeare, exit la répartie farouche du nain Lannister, les scènes baroques, les histoires de cul de l’aristocratie, la vindicte populaire et le temps long du Moyen-Age. Il ne manquerait plus que Cersei  s’inscrive au planning familial et que Jon Snow ait un smartphone avec connexion wi-fi pour appeler un hélicoptère.


La série est donc devenue peu à peu un fan show, destiné à combler les attentes des spectateurs, tout en flattant un petit peu les lecteurs, mais de moins en moins. Le développement de l’intrigue est linéaire, de plus en plus prévisible, et trop concentré sur les scènes d’action. Les dialogues sont de plus en plus creux, les plot twists de plus en plus rares. La série se prendrait-elle donc pour l’Agence Tous Risques ?

Les raccourcis scénaristiques aussi gros que des maisons sont en effet destinés à faire la part belle aux personnages principaux, qui sont de plus en plus potiches à défaut d’être potaches. On sent qu’ils sont désormais immortels et que la série ne sacrifiera plus que ses PNJ de seconde zone, sauf peut-être dans un grand final dramatique qui n’étonnera plus personne le moment venu. J’ai l’impression, en regardant cette fin de saison, de voir deux enfants jouer à la poupée, réunissant les personnages qu’on attendait de voir confrontés les uns aux autres depuis 1996. Alors ok, le show reste bon, voire très bon, mais on est très loin de l’esprit original.


George Martin, l’auteur des livres, bosse désormais sur des spin-offs avec les producteurs de HBO. On ne sait pas encore ce qu’on va nous servir, sur le passé ou le futur de tel ou tel personnage secondaire. Ce sera de qualité, on n’en doute pas. En attendant, les romans stagnent. Et l’auteur n’est pas humble ni clément avec ses fans, à l’image de Tolkien en son temps, qui était globalement un affreux bonhomme. On se demande presque si ça vaut le coup de suivre l’œuvre de quelqu’un d’aussi négatif, et on se rassure en se disant que l’œuvre n’est pas son auteur. Bref, une fois de plus, c’est la machine à pognon qui l’emporte. Les youtubers vont pouvoir faire des vues avec leurs vidéos sur les spéculations les plus diverses et parfois les plus absurdes sur le show, en se concentrant sur un demi-détail d’un arrêt sur image dans l’arrière plan d’une scène quelconque. Pas besoin d’en faire autant sur le final de la saison 7, il coule de source. Et après on va repartir pour un an d’attente. Vivement la fin et surtout, vivement les bouquins.

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3 réflexions sur “ [A voir… ou a lire ?] Game of Thrones : quand la série fait regretter le bouquin ”

  1. Dans un mauvais jour je pourrais penser de même. J’avais été très déçu par le premier épisode, mais je l’aime bien cette saison 7, elle est clairement plusieurs tons en-dessous des précédentes, et un peu wtf par moments mais je crois que c’est dû à la forme télévisuelle et au fait que la dimension fantastique, magique (donc wtf) de l’histoire de Westeros ait été souvent évacuée pour nous vendre un univers réaliste, proche de Shakespeare, qui ne manque pourtant pas de fées et de gnomes. On nous sort très vite des bêtes aussi féroces que dans Panzer Dragoon Saga, des marcheurs qui balancent des javelots comme Brad Pitt dans Troie, des hordes de zombies tout aussi cons que ceux de WD… pris un par un, ça me choque absolument pas, mais le décalage est rapide et brutal.

    Martin himself est aussi en cause. C’est quand même lui qui a dû souffler aux showrunners la grande majorité de ce qu’on y voit, qui meurt et qui vit. Je vois mal Weiss et cie sortir des idées de leur chapeau sans que l’auteur ait donné son aval. En plus, franchement, qui est mort auparavant ? Des persos dont on se fout, des gars qu’on voulait voir crever. A part les papagamers(ofthrones) Lannister et Stark, on ne peut pas dire que les morts aient été forcément des premiers couteaux dont a eu du mal à se remettre. C’est plutôt la façon dont les persos meurent dans la saison 7 qui me dérangent. Autant celle de la mère Olenna est plutôt bien écrite, et change le jeu, autant celles des autres sont vite expédiées, peu spectaculaires et sans émotion. Il y avait toujours un crescendo dramatique dont la mort était le climax, là y a rien.

    Ceci dit, les bouquins de Martin ne sont pas non plus exempts de reproches, loin de là, et totalement surestimés par le public ricain qui ne lit pas du tout de fantasy française, et assez peu d’anglaise…

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  2. Martin reste très facile à lire, même pour un niveau d’anglais moyen, par rapport à un Harry Potter, beaucoup plus dense et british. La traduction « le trone de fer » de Jean Sola en français a considérablement augmenté le niveau de langue. Elle vaut le coup.

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  3. La traduction de Sola, moins simple, est aussi truffée d’adaptations hasardeuses et je ne l’apprécie vraiment pas. Je préfère largement le nouveau traducteur ou la VO, tout simplement ! De toute façon, les ricains sont pas de grands stylistes, surtout en fantasy.

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