[RétroTest#46] The Witcher – le Loup (blanc) de Wall Street

Les grandes vacances touchant à leur fin, voici mon test de The Witcher, sur lequel j’ai passé la majeure partie de mon temps de papagamer cet été. Il s’agit du premier volet de la trilogie, sorti en 2007 : attention, test interdit aux moins de 18 ans !

Il n’y a pas que The Witcher 3 dans la vie et il faut parfois savoir revenir aux sources. L’âge du papagamer avançant, c’est certainement la dernière fois que je me fade un jeu aussi long et immersif, et j’aurai vraiment galéré pour y jouer tranquille, sans les enfants et sans madame sur le dos. Mais force est de constater que The Witcher 1 a d’emblée de quoi séduire : une ambiance médiévale fantastique toute particulière de par son côté pays de l’Est, une licence ATARI qui sent bon le retrogaming, et la dégaine très particulière du personnage principal, qui m’a immédiatement rappelé Alucard dans Castlevania Syphony of the Night, récemment chroniqué ici-même sur l’octoblog.

Mais hormis tout celà, et comme le titre de l’article l’indique, The Witcher, c’est carrément le Loup de Wall Street en jeu vidéo : baston, gonzesses, alcool et sexe ! Et il y a même des nains !

Du cul, et de l’amour aussi

Zelda Skyward Sword : des romances à deux balles qui ne mènent à rien !

Le jeu n’étant pas bien compliqué à jouer – une souris suffit – l’autre main peut servir à se toucher la nouille devant les décolletés pas possibles de ces filles avec lesquelles on va aller volontiers discuter en gros plan. On dirait que c’est fait pour, d’ailleurs, et du coup la maniabilité s’en retrouve un peu affadie et simpliste. Ceci étant dit, les scènes érotiques ne sont pas hyper explicites, ça reste gentillet, mais il y a de quoi être surpris pour un casual gamer de mon genre, qui à l’habitude de se faire rembarrer dès qu’il s’amuse à flirter avec un PNJ dans un jeu vidéo (voire dans la vraie vie).

Les PNJ de The Witcher ont de quoi plaire, ça change des mièvreries de Nintendo

Etant plutôt habitué des jeux vidéo à la papa (soit d’avant l’époque de Game of Thrones), je pensais honnêtement que flirter avec les PNJ féminins ne mènerait à rien, quoique la mise en garde « interdit aux moins de 18 ans » sur la boîte du jeu m’avait mis la puce à l’oreille, donc c’est pas comme si j’avais été pris en traître. Mais, conditionné comme je l’étais, je me suis autocensuré et j’ai mis du temps à « concrétiser » (comme disent les jeunes)  : ce n’est que lors de mon premier coup avec les putes de Wizima que j’ai définitivement relégué Link de The Legend of Zelda au rang de superstar gay. « Link, va te rhabiller… ou plutôt te déshabiller, en fait ! » Le witcher, lui, il score au moins. Et pas qu’un peu d’ailleurs. C’est même un peu triste de se dire que c’est surtout ça qui peut faire tenir le joueur en haleine, parce que les quêtes de The Witcher obligent à beaucoup d’allers-retours et d’errance. Le chapitre IV (au bord du lac) est tout particulièrement vide, ce qui le rend pénible à jouer après le fourmillement ininterrompu de Wizima.

Un jeu qui guérit des bons sentiments

The Witcher est souvent présenté comme un jeu où les choix que l’on fait vont avoir des conséquences importantes sur le devenir de l’aventure. Cela me rappelle immanquablement les fameux livres des années 80 « dont vous êtes de héros » ! Quel papagamer trentenaire n’a jamais lu un Loup Solitaire ? Si ce n’est pas le cas, ce site amateur francophone a mis les cinq premiers tomes de Loup Solitaire jouables en ligne: allez voir ! Si The Witcher ne s’en est pas inspiré, je veux bien m’en couper une.

Les fameux livres « dont vous êtes le héros » !

Bref, l’impact des choix du joueur (notamment dans les conversations) se ressent au niveau du scénario général,  qui nous projette au beau milieu d’un conflit entre deux factions, les humains et les non-humains. Il faudra donc tôt ou tard choisir son camp, les deux ayant leur charmes et leurs vicissitudes. Mais en tant que papagamer j’ai tout particulièrement ressenti les tourments liés aux choix du héros principal dans ces fameuses phases de romance secondaires que j’évoquais précédemment, et ce de façon bizarre et indirecte.

Shani, l’une des nombreuses figures emblématiques du titre

Ainsi, la relation du héros au personnage de Shani est particulièrement intéressante dans la façon que j’ai choisie de la mener. Dans la troisième partie du jeu, j’ai décidé de lui confier le gosse Alvin (en me mettant Triss la magicienne à dos), puis j’ai cédé aux exigences à deux balles de la donzelle en me disant qu’il y avait peut être moyen, ce faisant, de la rajouter à mon tableau de chasse… Et plus j’avançais dans cette quête secondaire du cul, plus je constatais que les exigences morales et matérielles de Shani étaient de plus en plus emmerdantes, tout ça pour me retrouver au bout d’un moment catapulté à la table d’une taverne avec mes copains le nain et le barde pour parler famille tout en se saoulant, avec lesdits copains qui se foutaient évidemment de ma gueule.

Une quête oblige à retrouver Shani de nuit en petite tenue, forcément, ça motive à aller jusqu’au bout, non ?

Et puis voilà soudain Shani qui me demande d’aller jouer au papa avec Alvin, de lui servir de modèle parce qu’elle a du mal à le gérer ! Puis de me tenir un discours sur l’amour complètement formaté : « tu sais, j’ai bien réfléchi à nous deux » etc. J’avoue que sur le moment, ayant délaissé la quête principale plus d’une demi-heure pour en arriver là, tout ça m’a bien fait chier, et peut être encore plus que si ça s’était passé dans la réalité. Bref, un scénario dans lequel le mot grec catharsis prend tout son sens : on s’identifie (sans risques) au witcher, on lui prête nos sentiments, et puis dès que le nœud tragique se resserre, on regrette tout ! Beurk !

Un jeu qui rend nostalgique d’autres jeux.

Le tout début du jeu, dans la forteresse de Kaer Morhen, m’a immédiatement fait penser à un jeu de rôles classique entre potes, avec dés à dix faces, crayons, gommes et feuilles de personnage à l’appui. Celà m’a fait remonter bien des souvenirs, lors des soirées d’étudiants sur ce thème, qui ne furent pas bien nombreuses, mais bon : quand on voit certains énergumènes de ce milieu, mieux vaut ne pas forcément s’éterniser.

Le personnage de Geralt, que l’on incarne tout au long du titre, est amnésique (tiens, ça me rappelle Flashback !) sauf que cette amnésie n’a pas d’enjeu particulier, le héros semble même s’en contenter. Disons que cette amnésie sert à faire le lien scénaristique entre le jeu et les romans d’Andrzej Sapkowski dont il s’inspire, tout en permettant l’immersion à la façon des jeu de rôles, dans lesquels on incarne un personnage sorti de nulle part mais qui détient toutefois une certaine expérience, bien au delà du commun des mortels. Dans cette première partie du jeu, chaque witcher allié de Gerlat est un joueur de jeu de rôles en puissance.  Dommage qu’on ne les revoie pas tous plus tard.

Exactement l’ambiance que j’imaginais quand je jouais à un jeu de rôles sur table autrefois

Ceci dit, puisqu’on évoque le début du jeu, j’ai vraiment galéré pour la prise en main des commandes, car les vieux réflexes d’un Diablo ou d’un FPS classique m’ont finalement desservi. Une fois le jeu saisi, par contre, on est plus sur du Diablo-like, même si, comme je l’ai évoqué plus haut, j’ai été un peu déçu par le gameplay de base, un peu trop simpliste : pas de sauts, pas d’accélération et, de façon générale, le jeu ne fait pas vraiment appel aux réflexes. Donc finalement, pas tant d’action que ça et, comme je l’évoquais plus haut avec ironie, une propension à l’onanisme pour cause de main gauche inutilisée. Si : j’ai passé la quasi totalité de la partie avec la touche ALT, bien utile, constamment enfoncée.


Le mode de combat, une fois compris, est plutôt sympa, et même spectaculaire et amusant, mais j’en profite pour critiquer ici les angles de caméra parfois exotiques qui, outre déranger les déplacements de base en ville, m’ont causé la défaite dans 75% des combats que j’ai perdus, tout particulièrement dans les marais. Bon, ok, c’est un écueil que l’on retrouve presque tous les jeux en 3D mais… il fallait que je le place. En points négatif aussi, qui m’ont irrité, je charge la mule au passage : certains objets à cliquer sont parfois hyper chiants à atteindre, et la map de la zone à explorer, pourtant très utile, n’est pas toujours efficace, un comble à l’heure du GPS.

Dans les points très positifs, j’ai tout particulièrement apprécié les coups spéciaux, qui m’ont immédiatement rappelé un des jeux phares de ma jeunesse, à savoir Jedi Knight. Le witcher est un vrai jedi en puissance, maniant à la fois le glaive de façon spectaculaire et les pouvoirs magiques. Le pouvoir de répulsion (le signe d’Aard) fait carrément penser au jeu Force Unleashed sorti sur Wii à peu près au même moment. Mais j’ai de loin préféré le signe d’Igni, un pouvoir de feu offensif qui permet de tout faire brûler autour de soi. En le développant au maximum, vers la fin de la partie, je me payais carrément le luxe de fracasser la plupart des adversaires sans même dégainer mon glaive.

Force Unleashed : un Witcher sans les quêtes.

Le système d’expérience et de développement des compétences m’a aussi rappelé les jeux de rôles classiques et les premiers jeux de rôle adaptés en jeux vidéo, qui sévissent depuis la période des Amstrad et autres M05 à cassettes. Le système de répartition des compétences m’a bien plu, ainsi que tous les détails du menu et de l’inventaire, même si j’ai mis du temps à comprendre comment tout celà marchait. En effet, c’est très compliqué au début, et trop d’informations arrivent d’un coup (un menu évolutif ou un didacticiel un peu plus poussé n’aurait pas été du luxe). D’ailleurs je suis loin d’avoir tout épluché !

Apprendre et comprendre, tel est le désir de Geralt, fils des âges farouches

Au fond, je crois que ce qui m’a le plus éclaté, ce sont les préparations d’élixirs, même si au final seuls trois ou quatre élixirs soient vraiment utiles (j’ai surtout utilisé chat huant et hirondelle). Je n’ai pas utilisé les huiles ni les bombes mais le fait que la possibilité d’en préparer existe m’a tout simplement régalé.

L’inventaire : un sacré bordel !

Aussi, j’ai tout particulièrement apprécié l’importance des livres et des connaissances, qui s’achètent (cher), et qui permettent de reconnaitre les plantes, d’extraire les bons organes des créatures, tout ça dans le but de fabriquer les élixirs. Cette progression par l’apprentissage est stimulante et me rappelle un jeu que j’ai beaucoup apprécié, et qui fut particulièrement rejeté par la critique à savoir Ultima 8 Pagan, le dernier véritable Ultima de la série de Richard Garriott.


Ultima 7 The Serpent Isle, très abouti au niveau gameplay et scénario, est considéré comme étant le meilleur de la série, mais je n’y ai que peu joué. Ultima 8 Pagan devait faire entrer la série dans l’ère du PC multimédia (une autre époque, le milieu des années 90) tout comme Ultima 9 Ascension devait clôturer la série en faisant entrer l’avatar (le héros du jeu) dans l’ère de la 3D : un beau parcours quand on y pense, mais aussi un flop d’un point de vue de la réalisation et le jeu n’a pas fait date. Mais revenons à Ultima 8, clairement situé entre deux époques, dont le scénario met d’ailleurs en scène l’avatar coincé entre deux mondes.

De la 3D isométrique en 256 couleurs, et déjà la possibilité de se saouler à l’alcool local.

Les liens entre The Witcher et Ultima 8 sont nombreux. Ainsi, contrairement à Ultima 7, où il était possible de gérer tout un groupe, l’avatar, dans Ultima 8, se retrouve seul, à errer dans un monde sombre, des campagnes pauvres et déshéritées, où diverses religions toutes aussi pitoyables les unes que les autres s’affrontent. Les zones d’errance sont assez limitées (ce n’est pas de l’open world) et l’avatar doit tirer son épingle du jeu en apprenant les diverses magies existantes, qui sont basées sur les quatre éléments. Il s’agira ainsi de ramasser des ingrédients pour préparer des sorts, de combiner ces ingrédients selon les livres trouvés ici et là.

La récolte des ingrédients et l’inventaire (hélas minuscule) pour ranger tout ce merdier

La gestion de l’inventaire est primordiale, et fait défaut dans les deux jeux. Ultima 8 pêche cependant par de nombreux gros défauts et notamment par des phases d’adresse que The Witcher a tout simplement bannies. The Witcher est évidemment très supérieur graphiquement, mais les deux jeux proposent un côté intimiste et à la fois inquiétant qui me plait bien.

Un Grand Theft Auto au Moyen Age

On finira sur certains aspects du scénario, qui rappellent davantage un scénario de film de gangster qu’un film d‘heroic fantasy. Ainsi, l’arrivée à Wyzima se fait dans le cadre d’une enquête sur une organisation criminelle, la salamandre, qui a dérobé les secrets des witchers afin d’effectuer des manipulations génétiques. Monsanto n’est pas très loin on dirait… Mais bref, on passe du détective privé au trafic de drogue, il y aura des autopsies à la clé et même une triangulation magique (!) afin de détecter la source d’une puissance anormale au sein de la ville.

GTA versus Witcher… c’est vrai que ça manquait d’armes de jet tout ça, alors tant qu’à faire…

En dehors de ça, rien de bien transcendant : des contrats sur des monstres, amener des objets à untel, dire ce qu’il faut pour passer à tel endroit, battre tel adversaire, payer la somme convenue, placer tel objet dans tel réceptacle, etc. Rien de bien innovant pour un jeu de ce type tout compte fait. Heureusement qu’il existe un paquet de quêtes secondaires qui viennent ajouter de l’animation à l’ensemble.

Le « monde » de The Witcher 1. Pas si vaste mais pas si petit non plus.

Le côté politico-social du jeu, avec les haines inter-communautaires grandissantes (en France, en ce moment, on est servi), est ce qu’il y a de plus intéressant à suivre et donne à réfléchir. Par contre, l’épilogue (dans la neige) est à la fois énorme au niveau du scénario et bâclé au niveau du gameplay, car peu intéressant à jouer. A la toute fin, certains non-dits subsistent intelligemment et laissent présager de la suite.

La phase finale du jeu. Pas de spoilers…

Au final, j’ai quand même beaucoup aimé The Witcher, mais sans toutefois trouver le courage de tester les extensions, qui doivent être fort intéressantes, mais trop difficiles à appréhender pour un papagamer en manque de temps. Je testerais bien la suite l’an prochain, bien que le 3e opus me fasse un peu trop penser à un Metal Gear dans le style du personnage, qui a vieilli, et cultive ce look de vieux soldat hyper aguerri. « Hey Snake ? » – « Liquid ! You’re still alive.« 

Un faux air de famille ?
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3 réflexions sur “ [RétroTest#46] The Witcher – le Loup (blanc) de Wall Street ”

  1. Snakeeeeee ! Très bon retour sur ce premier sorcelleur qui a certes vieilli en terme de gameplay, et si tu sautes le pas du 2e, tu verras les améliorations : elles sont flagrantes ! Une histoire mieux tenue, un gameplay plus soigné et un inventaire moins foutraques et ne demandant pas forcément une machine puissante. Le 3e épisode est la consécration : une tuerie…. mais qui demande une bonne machine et que je dois terminer avant la reprise 😉 Sinon un autre jeu à faire (et moddé à mort pour le meilleur) Morrowind, un jeu mythique.

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  2. J’ai eu Morrowind gratos avec une carte 3D, que j’avais autrefois acheté afin de faire revivre un vieux pc… mais je n’y ai jamais joué et avec tous mes déménagements de l’époque, le disque a du finir à la poubelle. Sacrilège !

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