[papygeek#8] Du vidéoclub au disquaire, regrets d’un monde disparu

Ha le vidéoclub ou le disquaire… les moins de 20 ans, ne se doutent pas de ce qu’ont pu représenter pour bon nombre de générations – en particulier celle bad ass des 80′ – ces lieux emblématiques d’une contre-culture à porter de porte dans la moindre ville durant les années 80/90. Revenons sur ces deux endroits sacrés, aujourd’hui en voie de quasi-disparition, après avoir connu une explosion durant les années 80. L’orée des années 80/90, temps sombres sans internet et réseau performant (mis à part notre minitel national très poussif et très cher) que connurent bon nombre de trentenaires, devenus de nos jours papagamers. Ha le vidéoclub ou le disquaire de sa ville… un lieu où se réunissaient les connaisseurs, fans et autres membres d’une sous-culture, transformée de nos jours en une popculture partagée par la masse (au sens communiste du terme), agaçant bien souvent les puristes d’hier… ou vieux cons d’aujourd’hui, au choix ;). Ha revenons dans ces temps si loin et pourtant si proche, celui où une certaine culture était négligée, incomprise à base d’imaginaire débridé, fonds de commerce de la science-fiction, de nanars ou de jeux vidéo… bref, d’une sous-culture qui ne partageait pas les codes de la majorité, renforçant par la même son esprit communautaire.

Depuis le début d’octopaddle.fr, plusieurs articles furent consacrés sur certains éléments de cette culture hier décriée, popularisée de nos jours via l’internet, victime d’une hype qui la diffuse à grande échelle. Que cela soit des films, comme Wargames, le Grand Détournement, les jeux vidéo (un Monkey Island chroniqué par Lamyfritz), cette culture de passionnés fut parfois présente à la TV (comme la chaîne C: ) ou sur certaines émissions : punaise sur M6, les soirées tardives nous donnaient bien à manger à base des Contes de la crypte, X-Files ou encore de Best of Trash, l’émission phare des fans des métalleux dont je faisais partie ! Ici une très bonne rétrospective... sur une émission qui m’a tellement apporté en découverte de groupes underground. Oui, car pour écouter du Korn, Metallica, Pearl Jam ou autres Sepultura les choix étaient tellement limités, et cela a bien changé de nos jours : un clic sur le web et hop je me tape des heures de vidéos, de concerts… tout cela dans mon fauteuil et sans être frustré (d’ailleurs on voit les résultats de nos jours avec la génération no frustration qui ne sait plus rien apprécier). Cette culture s’alimentait donc un peu par les médias de l’époque (à part ces quelques émissions/ zik ou films sur certaines chaînes généralistes, M6, la 5 pour certaines séries ou canal +) et beaucoup, dans ces lieux de cultures urbaines, que furent les disquaires et les vidéoclubs.

Allez pour se faire plaisir…

Mais ils n’ont pas disparu !

Certes, dans les grands centres urbains nous trouvons encore de tels lieux, vestiges d’une autre époque et tenus parfois par des passionnés ou bien souvent devenus des supermarchés de la consommation, gérés par des automates ayant pignon sur rue. Mais je vous parle de ma campagne verdoyante à une densité à faire pâlir la Mongolie, celle proche d’une diagonale aride que connaissent bon nombre de géographes, où le principal noyau urbain compte… 17 000 habitants, et (presque) autant de bovidés. Et dans ce cadre champêtre – que de nos jours je ne quitterai pas en raison de son calme et paysage idyllique – imaginez le jeune de 15 piges, fan de cette culture dénommée trompeusement de nos jours « geek » ou « de nerds » et ayant pour seules ressources les canaux limités hertziens ou radiophoniques (bloqués sur Skyrock) et la presse lacunaire des JV pour seuls horizons ?  Bref, le seul moyen de s’évader de ce cadre rural étouffant, parfois désespérant – surtout si ma 103 SP tombait en rade – était le vidéoclub du coin et son fidèle compagnon, le disquaire. Allez tombons dans la promotion de ces lieux désormais disparus, où l’on se baladait entre les rayonnages de VHS multiples, souvent usées par des visionnages trop nombreux, allant des films de genre, que cela soit du gore, de l’horreur, du fantastique, de la SF space opera… ha les Aliens, Vendredi 13,  Freddy et autres Evil Dead ou encore en dehors des rediff TV, des Stars Wars bien sûr ! Merci mon vidéoclub pour ces découvertes qui m’ont marqué et construit.

Souvenez-vous également de ces lieux de perdition où se trouvaient le dernier ou plus ancien des petits boulards, oui, oui vous savez ces films placés au fond à gauche de la boutique, dans cette salle isolée derrière du contre-plaqué… d’ailleurs, je ne peux m’empêcher de partager avec vous deux anecdotes : les vidéoclubs étaient parfois des lieux de rencontres inattendues, comme celle du type qui décrivait son dernier porno à la caissière – en insistant sur le sens artistique de certaines scènes – ou encore celle de la petite fille qui expliquait doctement à sa sœur que les « X » majuscules collés sur la vitrine (sans illustrations) signifiaient… que les films en question étaient non disponibles !

Dans ce lieu, qui parfois se couplait aussi avec un magasin de disques, on pouvait trouver des perles grâce à des fournisseurs et des propriétaires à jour dans leur listing, et personnellement il n’était pas impossible de pouvoir se dégoter un petit Sepultura de derrière les fagots ou des lives de certains groupes (punaise ce live d’Offspring avec un son abominable sur CD… mais quand on aime !). D’ailleurs, aussi étrange que cela puisse paraître, les disquaires du lieu étaient deux sœurs d’un certain âge, bien la 50e passée, plus proche du télé-crochet et qui,  bien qu’à l’ouest, pouvaient dénicher des CD introuvables ! Souvent dans cet antre de la découverte, je squattais avec ma meilleure amie, qui habitait proche de ce magasin et était une très fidèle cliente (d’ailleurs je me demande si elle n’était pas actionnaire de ce magasin, vu les sommes montreuses qu’elle leur lâchait !)

La roue tourne…

Internet a bouleversé la donne : déjà le passage au numérique, avec la fin des VHS sonnait le glas de tels lieux… à titre d’exemple, je crois que l’une de mes dernières locations devaient être…. un Star Wars (ben oui avant de l’avoir en VHS, Divx et DVD !) ou une daube improbable (car oui la perle pouvait côtoyer la plus infâme merde cosmique). Finalement, la VHS a périclité très rapidement face à l’arrivée du DVD et de sa popularisation via la baisse du coût des lecteurs (vive la PS2 !), permettant enfin de voir des films dans une qualité excellente (sans parler du choix des pistes RÉVOLUTIONNAIRES et autres bonus propres au support). Bon nombre de vidéo clubs ont tenté le choix du distributeur de DVD, mais son côté impersonnel, son coût important et l’essor du téléchargement sur internet eurent raison de bon nombres de ces machines, dont mon fidèle vidéoclub de quartier… RIP désormais. Et quand je passe encore parfois devant, je ne peux m’empêcher de me souvenir de ces bons moments, lieux de rencontres et parfois aussi de communion avec d’autres membres de cette sous-culture, devenue de nos jours si populaire… la roue tourne… vieux con, me dis-je.

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article en mémoire de M.S., Fidèle parmis les fidèles de ce glorieux magasin… RIP ma belle, regrets éternels de ne pas avoir (re)bu une mousse avec toi… Putain de chienne de vie.
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3 réflexions sur “ [papygeek#8] Du vidéoclub au disquaire, regrets d’un monde disparu ”

  1. Emouvant article, des petites perles comme KUNG FURY sont tout droit issues de cette culture :
    https://octopaddle.wordpress.com/2015/06/10/retro-cine-mettez-votre-cuir-bandana-et-preparez-vos-mandales/#more-4650

    Et je te conseille vivement le film de Gondry « Be King Please Rewind » sur l’univers du vidéo club à l’ère du DVD. C’est très drôle et c’est filmé façon années 80, avec un scénario improbable digne de cette époque, et même la VF respecte le canon :

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  2. Pas un film qui ait véritablement fait de bruit mais sans conteste le meilleur film avec Jack Black que j’aie vu.

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