[je(u) vi(deo)#23] Pourquoi le jeu vidéo ? Rite de l’enfance à l’adolescence

RVA finale
Publié le 10/11/2015

Cela fait un moment que cette question simple, et pourtant tellement complexe, me trotte dans la tête en bon gamer, canal historique (débuté avec une Atari 2600, mec !) touché par la paternité et avec les années qui avancent, devient plus pesante. Bien souvent la passion du JV semble obscure aux yeux du néophyte, voire devenant un motif d’inquiétude (source d’autisme, de violence ou d’abrutissement au choix), alors que comme bon nombre de personnes (et de lecteurs de cet octoblog), qui ont découvert ce média hier et le pratique encore, lui garde toujours une forme d’affection et de passion, en raison de son apport important dans l’élaboration de notre personnalité et notre individualité d’aujourd’hui.

Je ne vous ferais pas un 36-15 My life, mais avec le poids des années (qui a dit de tour de taille aussi ?), mon approche du jeu vidéo a lentement mais sûrement changé. Comme beaucoup, comme Lamyfritz qui dans quatre passionnants articles écrits avec ses tripes abordait le rôle qu’eut le jeu vidéo dans sa vie, ce média eut pour moi un rôle fondamental dans l’élaboration de ma propre personnalité. De mes premiers émois préado face à un nouveau monde (fin d’école primaire, début collège) qui s’ouvrait à moi, j’abandonnai progressivement mes compagnons de fortunes ayant occupés durant des années mes journées, comme bon nombre de trentenaires des années 80 que cela soit les Maîtres de l’Univers, Gi-Joe, Lego et autres Playmobil. 

un outil de sociabilisation pour nombre d’enfants

Ha le premier émoi vidéoludique …. je me souviendrai toujours de mon premier Game & Watch, Donkey Kong JR qui à l’âge de 9 ans me captivait tellement que mes grands-parents étaient inquiets devant…. tellement de calme ;). Pourtant, loin d’être une passion individualiste, le jeu vidéo fut toujours un outil de sociabilisation pour nombre d’enfants, bien loin de l’image d’autiste décérébré que nous collait déjà l’époque les médias mainstream et… vers laquelle semble tendre sûrement les casques virtuels de demain.

Ceci est un vrai casque virtuel… rien à rajouter.

Pourtant pour moi rapidement je sentis que cette passion devenue dévorante enrichissait mon imagination fertile et m’ouvrait bien des portes. Dans mes souvenirs, le jeu vidéo me donnait toujours la possibilité de vivre des aventures partagées avec ses amis, avec un rôle social avéré (autant que les baskets hors de prix, véritable outil de la hype discriminatoire des cours de collège des années 90). Et aussi loin que je me souvienne, le jeu vidéo qui était une terra incognita pour bon nombre d’adultes (ou pour être précis, pour les parents) accentuait à mes yeux cet esprit de groupe, de caste de ceux qui avaient compris et… les autres. Cependant, le JV était aussi une sorte de totem, un rite de passage en douceur de l’enfance à la puberté, sans avoir peur d’être accompagné par un moustachu bedonnant et/ou un hérisson défoncé au speed. Oui progressivement comme des milliers, que dis-je des millions d’enfants, on délaissait nos figurines et autres briques danoises – que nous avions manipulé durant de longues heures et confronté à nos imaginaires les plus fous – pour partir dans un monde virtuel, où toujours grâce à nos mains boudinées, collantes de Nutella nous nous engouffrions dans un autre univers tout aussi captivant. Bien sûr la coupure ne fut pas aussi nette… bon nombre hésitèrent à laisser leurs Maîtres de l’Univers favoris et autres Transformers dans un placard refermant la page de leur enfance.  Le jeu vidéo en tant que pratique acceptée pour son groupe social proche (ses potes) et objet non dénigré, fut ce sésame qui nous permettait au même moment de partager la même expérience et d’accepter cette même transition.

Rites de passage pour notre génération vers l’adolescence

Ha ces après-midis chez son meilleur pote, partagés entre constructions de cabanes dans les bois et parties diurnes (et souvent nocturnes) sur NES, Megadrive ou Snes, coupées du sacro-saint goûté (Savane et autres biscuiteries industrielles de qualité pour tous gastronomes de moins de 12 ans… Ha époque bénie et épargnée du bourrage de crânes autour des 5 fruits et légumes par jour actuel… oui, oui manger tue désormais). Ainsi parler d’un des rites de passage pour notre génération vers l’adolescence n’est pas si abscons que cela. Ne fut-il pas la même chose pour les générations qui nous précédèrent avec la musique (jazz, rock, le reggae), le cinéma (génération Star Wars et autres Star Trek, bien que j’ai toujours dû mal à comprendre ceux qui préféraient l’univers des pyjamas improbables à celui d’un Darth Vader) Le JV fut comme une clé supplémentaire vers notre progressive autonomie vis-à-vis de nos parents, en nous éloignant d’eux dans un monde que nous seuls maîtrisions, véritable combustible pour nos esprits avides d’univers virtuels nouveaux et exotiques.

Échanger dans une vraie agora

Je me souviens de ces discussions enflammées autour des consoles, où les bits  (je parle des consoles vous me suivez ?) étaient gage de puissance, où les graphismes et l’aspect brutalos de certains jeux étaient gage de fun (finalement de nos jours les plus jeunes qui s’éclatent sur un Call Of ou un GTA par leurs aspects sulfureux sont dans une démarche identique). Les cours de récréation étaient l’occasion d’échanger dans une vraie agora collégienne loin de réseaux sociopathes et trollesques, des jeux, mais aussi des avis, étayés par une presse vidéoludique copinant joyeusement nos porte-monnaie et par la même occasion avec les principaux éditeurs. Oh bien sûr, qui dit échange disait aussi confrontation entre pro et anti, qu’il soit Sega ou Nintendo, où l’aspect rivalisait avec la vitesse, où l’originalité affrontait le plaisir de jeu et rapidement les marques précitées le comprirent aisément : Nintendo, le bon père de famille, avec le fun assuré et assumé face à un Sega rebelle, porté par son Sonic sous acide et des pubs – certes titillant bien des hormones – qui restèrent gravées dans les mémoires.

Face à ces guerres puériles et finalement tellement humaines, seul un SNK mettait tout le monde d’accord avec sa Roll’s des consoles et pour cause : avoir un pote avec ce sésame de l’arcade à la maison qu’était une Neo-Geo, c’était le rêve et cela représentait autant qu’une mamie Bettencourt pour un ancien président de la République, c’est dire.

Enfin, l’autre aspect renforçant son aspect communautaire et facilitant les échanges fut la possibilité grâce au JV de s’affirmer dans un groupe partageant les mêmes codes et en apprenant de nouveau. Par le scoring lié à son ADN des salles d’arcades, et les multiples possibilités d’avancer dans un jeu (warp-zone, habilité propre…), le JV devenait un outil de sociabilisation et de valorisation de soi, pour bon nombre d’enfants, sans parler d’une lente, mais sûr adaptation à des situations demandant dextérité qui plus tard, dans mon cas me sauva… la vie comme je le relatais dans cet article en 2013.

Ainsi si la page de l’enfance se clôture par une adolescence gameuse, l’âge adulte qui pointe le bout de son paddle mérite son article, mais cela est une toute autre histoire !

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12 réflexions sur “ [je(u) vi(deo)#23] Pourquoi le jeu vidéo ? Rite de l’enfance à l’adolescence ”

  1. Mention spéciale pour les goûters chez Another retro World, avec une énorme chronique en 5 parties dont la 5e est ici : https://anotherretroworld.wordpress.com/2015/07/08/le-gouter-dans-les-annees-8090-partie-5/

    Je reviendrai sur le côté « rite de passage » des jeux vidéo bientôt avec un article bien existentiel. Là je suis à fond sur Legacy of the Void, sorti ce jour, et ça fait quelque chose de jouer à un jeu avec mon gosse de 15 ans (on se partage les missions de la campagne) alors que je jouais à Starcraft 1 à peu près au même âge que lui. Ca fait aussi quelque chose d’avoir acheté mon 1er jeu vidéo en 7 ans (avis aux dingues sur-consommateurs !) mais ça c’est une autre histoire.

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  2. alors que de mon côté j’ai déjà presque fini la campagne de Legacy of the Void et même testé le multijoueur. Test complet (mais sans spoilers) à venir !

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      1. j’y ai passé plusieurs nuits blanches quand même. Après Starcraft, c’est pas de l’open-world…

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  3. Un post en total adéquation avec la ligne directrice de notre Blog ne peut que trouver écho chez moi 🙂 (jouets, gouter et jeux videos what else :))
    Pour ma part je n’avais pas d’affrontement de mauvaise fois à la récré sur la surpuissance de telle ou telle machine puisque j’ai possédé ma première console assez tard
    En ce sens n’importe quel possesseur de console revendiqué que ça soit Nes ou bien Master System Snes Megadrive ou plus exotiquement Nec était un vache de privilégié que j’admirais et dont je ne me lassais pas des récits de leurs parties

    Aimé par 1 personne

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