[Je(u) vi(déo)#24] 2001-2015, quand la raison s’endort…

RVA
publié le 20/11/2015

11 septembre, 11 janvier, 13 novembre… la spirale se poursuit et les évènements s’enchaînent. Pourquoi un tel sujet sur l’octoblog dont le fonds de commerce tourne davantage autour de la culture vidéoludique, du monde geek au possible plutôt que de  notre triste réalité au goût de sang et de larmes… Et bien, cette échoppe où bon nombre d’entre vous viennent pour y picorer des news, des souvenirs et autres esprits critiques, est aussi tenu par des trentenaires, papagamers qui ne sont pas à côté du monde réel, contrairement à ce qu’affirment bon nombre de hyènes moranesques hystériques. Ainsi, bien plus que ces évènements et leurs résultats tragiques — dans lesquels humainement on ne peut se placer que du côté des familles en deuil — c’est surtout l’orientation de nos sociétés après de tels évènements qui inquiète le papagamer, joueur, parent et avant tout citoyen.

L’horreur s’est de nouveau invitée, sans l’être dans notre quotidien hivernal,  avec son lot exponentiel de victimes civiles toujours innocentes. Avec le high-score, 10 mois après ceux de Charlie dont nous avions hélas fait un billet, connaît un nouveau pic horrifique. On peut se poser légitiment en tant qu’humble habitant de la cité quelques questions sur une violence de plus en plus présente, et les premières inquiétudes face à un maelström de réactions possibles/ encours/ à venir. Bien entendu, il est sûr qu’il est bien plus facile de pouvoir relativiser ces drames quand l’on est tranquillement derrière son poste, acte d’autant plus aisé quand l’on n’est pas touché dans sa chaire, qu’elle soit personnelle, familiale ou amicale. Ainsi, les larmes des familles, amis, compagnes et autres gones ayant perdu un ou plusieurs êtres chers dans ces terribles drames ne seront jamais loin des mots employés ici.

Épicentre de la terreur : le 11/09

Le temps de la compassion cédant le pas à celui du temps politique dans l’énorme hachoir qu’est devenu la bulle médiatique, il semble utile de prendre le temps de faire le point sur une lente, mais sûre évolution de notre monde post 11 septembre, et le socle branlant sur lequel repose notre société. Ha le 11 septembre… comme bon nombre de jeunes adultes ayant eut la vingtaine dans la décennie de cet attentat, j’ai vécu ce drame comme toute une génération en direct devant son poste de T.V. :  je me souviens encore de ma douce chérie qui m’interpella devant l’interruption de son programme habituel, alors que je voguais sur les flots du Net depuis mon bureau. Une fois l’accident écarté, l’énormité de l’acte, sa cruauté et surtout la crainte d’une réponse disproportionnée d’une Amérique blessée furent fondées : guerre moralement injustifiée d’Irak, mais si profitable économiquement, déstabilisation accélérée du Proche et Moyen-Orient avec l’enterrement de multiples processus de paix dans ces régions — nœuds de bien des problèmes, dont personnes ne veut se mêler, mais dont tout le monde en paie le prix. Les vents mauvais des conséquences furent multiples d’un point de vue géopolitique — sans parler des haines envers l’Occident ravivées et l’explosion (sans jeu de mots) de ces fous de dieux toujours en embuscade, profitant des faiblesses d’États peu démocratiques, brutaux et entretenant de profondes inégalités sociales.

Si la décennie précédente avait soulevé de nombreux espoirs — vus au travers de mes yeux de gosse d’une dizaine d’années — de la chute du mur de Berlin à l’émergence d’un monde où les frontières s’évaporaient, ce vent de liberté semblait céder la place à une odeur de cadavres et de souffre après le 11/09/2001  : la Russie retomba dans ses pires travers autoritaires sous les coups de menton du Duce Poutine les mains baignant encore dans le sang chaud des Tchétchènes tandis qu’en Occident la Grande Amérique d’un Bush se replia sur elle-même à l’image de sa prison extraterritoriale (à Cuba, pratique cela) de Guantánamo,  participant à l’holocauste d’une partie de  ses valeurs universelles.

La liberté guidant les peuples, version 2011

Cependant… à l’image d’une histoire cyclique d’un Kondratiev entre période A ou B, je crois — comme d’autres — que ces fous de dieux ne sont que l’épiphénomène sanglant et terrible, mais si désespéré, d’une lame de fond plus profonde… . En effet, bon nombres de signes, qu’il convient de rappeler pour ne pas tomber dans une sinistrose ambiante : élection du premier président noir aux États-Unis (certes décevant mais le symbole est là), et un nouveau vent de liberté des peuples qui balaya bon nombre de dictatures ou fragilisait des pouvoirs jugés indéboulonnables comme en Tunisie,  Syrie ou en Libye, 10 ans après les attentats du World Trade Center.

Bye, bye Ben Ali !

Quelle année, celle de 2011… ayant vécu la Révolution tunisienne sur place, une folle tornade de liberté de tout un peuple qui se dressa contre l’arbitraire d’un régime qui s’écroula tel un château de cartes en moins d’un mois… puis dans la foulée le tsunami parti de la petite Tunisie toucha rapidement les rivages d’Alger, Marrakech, mais aussi Tripoli, Le Caire, Damas…. tout le monde arabo-musulman fut bien touché par cette onde de choc partie d’un insignifiant vendeur de légumes s’immolant par le feu pour protester contre les abus policiers d’un régime étouffant sa propre population. Ha quel espoir, de voir un Moubarack, un Kadafou tomber après un Ben Ali, quelle joie même ! Disparues, ces scories de la guerre froide instaurées par les deux super puissances d’alors, une nouvelle page d’espoir s’ouvrit pour bon nombre de pays, dont celle non des moindres de nouvelles libertés acquises : d’expression, du statut de la femme ou de croyance… le fait que ce vent révolutionnaire débuta dans une Tunisie si laïque dans son fonctionnement (et première Constitution du monde arabo-musulman en 1861) me porta dans les songes les plus fous : était-ce le temps de l’émergence d’une laïcisation des sociétés musulmanes  ? Est-ce que l’islam porté par sa Oumma (communauté des croyants)  dressée contre l’arbitraire d’hier, allait accélérer sa modernisation et connaître cette si nécessaire et attendue laïcisation à laquelle l’Europe et la France accédèrent au siècle dernier ? Que la croyance puisse devenir ENFIN une affaire privée,  séparée du lien incestueux, pervers et sanglant du politique ?

sans omettre les milliers de guerres de religion

Certes les pays occidentaux de civilisation judéo-chrétienne ont souvent beau rôle dans la position de donneur de leçon envers les autres civilisations voisines — quand ils n’oublient pas que ce qui fonde une civilisation : à savoir sa capacité à copier et s’inspirer des autres (on restera à l’exemple des chiffres indiens, devenus arabes repris par tout le monde).  Le danger serait de mettre dans un même « tout » une religion, qui comme toute pratique cultuelle est affaire de milieux, de contexte et d’histoire locale… et dépend d’un tel nombre de paramètres que des simplifications rendraient caduques tous propos… sauf sur certains médias généralistes, d’un TF1 ou autres BFN. Et l’islam comme d’autres religions, doit faire face à ces démons : qui a oublié les intégristes catholiques de Nicolas du Chardonnet à Paris ? Ceux qui hier posaient en Irlande des bombes dans les écoles de confessions protestantes ou catholiques ou encore de nos jours assassinent des médecins qui pratiquent l’avortement aux États-Unis… sans omettre les milliers de guerres de religion dont les chrétiens, musulmans, juifs et autres bouddhistes sont à la fois coupables et victimes (oui, oui les tondus en toge sont aussi dangereux : en Thaïlande, en Birmanie les persécutions effectuées par des moines intégristes sont légions sur les minorités musulmanes).

la population rohingya — un groupe ethnique musulman — persécuté en Birmanie.

En tout cas, ces fous de dieux qui répandent leurs haines entre la Syrie/ Palestine/ Irak – et diffusent leurs actes d’une rare violence si médiatique –  ne sont-ils pas finalement un dernier baroud (sanglant) d’honneur avant de disparaître devant un monde qui change et qui agite les sociétés musulmanes et orientales ? Est-ce que finalement l’engrenage de la révolution tunisienne et la lame de fond qui secouent la plupart des pays musulmans ne sont pas les prémices d’une société de plus en plus mondialisée qui cherche à s’émanciper de ces carcans obscurantistes ?

Le jeu vidéo peut nous servir de support pour y répondre, comme nous le voyons ici : [Je(u) vi(déo)#25] 2001-2015, jeu vidéo versus intégrismes

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Une réflexion sur “ [Je(u) vi(déo)#24] 2001-2015, quand la raison s’endort… ”

  1. Ah, tu me coupes un peu l’herbe sous le pied, parce que c’est exactement ce sur quoi je travaille actuellement. Je pense néanmoins que l’exemple de l’Egypte reste assez décevant tous comptes faits. Mais d’un tout autre point de vue, est-ce que la laïcité est une solution, ou une condition sine qua non de la sécularisation des sociétés religieuses ? N’est-ce pas finalement accepter mollement que certaines personnes ne pourront jamais être suffisamment cultivées pour sortir des ténèbres du déni scientifique et de la croyance en un être créateur supérieur ? Je prends l’attitude des pouvoirs publics pour du renoncement, parce que toutes les religions monothéistes portent en elles l’aveu de leur propre fin, où l’homme remplace dieu : au stade où nous en sommes arrivés, c’est le cas. Les philosophes Milner et Badiou s’accordent pour dire que la seule (et j’insiste bien sur : la seule) évolution positive dans la politique française de puis 1968 c’est la disparition du mot « dieu » des discours des uns et des autres. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis…
    Mais allez, bientôt un topo sur les jeux vidéo et la cure d’apostasie dont ce monde a bien besoin.

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