[Niouze] Remaniement des ligues sur le ladder de Starcraft 2

A l’approche de l’ultime extension de Starcraft 2, Legacy of the Void, qui clôturera la trilogie reine du RTS, la société Blizzard a annoncé cette semaine un remaniement du système de classement en ligue. Ce classement en ligue permet théoriquement aux joueurs d’affronter des adversaires de niveau similaire lorsqu’ils jouent sur internet. Le communiqué officiel de Blizzard fait état de divers changements techniques abscons mais que faut-il vraiment attendre en tant que modeste usager ? N’est-il pas déjà trop tard pour Starcraft 2 et le RTS de façon générale ?

UN AN EN LIGUE « PLATINE »

Les ligues supérieures : un rêve inaccessible aux pères de famille ?

Voilà donc un an que je m’efforce de gravir les ligues de Starcraft 2 pendant les heures de sieste de mes enfants, guettant avec angoisse les premiers couinements annonciateurs de réveil. Je me suis souvent demandé s’il était possible de percer à ce jeu, réputé difficile, lorsqu’on est un simple papa gamer étranglé par les responsabilités familiales et professionnelles. Mais la véritable question à se poser serait peut-être : pourquoi le genre RTS (real time strategy) dont Starcraft 2 est le leader incontesté, est-il actuellement en berne au profit des MOBA (Massive Online Battle Arena) tels que le célèbre League of Legends ?

Malgré le déni des purs et durs qui suivent encore ces compétitions d’E-sports, dont l’engouement m’est aussi incompréhensible que celui des Indiens pour le cricket, on assiste actuellement à une véritable mutation du jeu online. Cette mutation s’explique par plusieurs facteurs, dont l’abêtissement programmé d’une partie de la population occidentale, qui a désormais la complexité et la persévérance en horreur. Il est certain que le jeu vidéo sur tablette tactile ou sur téléphone mobile, qui est au jeu vidéo ce que le camembert industriel est à la lune, a de très beaux jours devant lui.

Mais Starcraft 2 est une affaire d’experts, comme se plaisent à le revendiquer ses joueurs, qui vivent dans un monde devenu trop élitiste et fermé. Pourquoi le RTS se casse-t-il la gueule ? En tant que papa gamer, mon point de vue est simple : les amateurs comme moi n’y ont plus vraiment leur place. Dommage. Starcraft et moi, c’était pourtant une longue histoire s’amour.

HISTOIRE D’UNE ADDICTION CARACTERISEE

Je suis un fan inconditionnel de Starcraft, depuis le premier opus, sorti en 1998. Le hasard a voulu que je le réinstalle début 2010. Suite à des problèmes professionnels couplés à des problèmes de nourrice d’une extrême incompétence, je m’improvisai père au foyer pendant 4 mois, qui furent sans doute parmi les plus infernaux de mon existence. Entre deux phases de hurlements du bébé, je me suis essayé aux parties en ligne sur Battlenet. J’ai très vite compris qu’il y aurait un problème : tout en devant gérer un enfant de 6 mois, je devais combler mon inexpérience, source de mépris de la part des drôles de phénomènes qui jouaient en ligne sans discontinuer depuis des années. Les victoires vinrent difficilement, mais me procurèrent une joie intense, à la limite de l’addiction. Un étrange sentiment de gêne et de culpabilité régnait alors dans mon esprit, car je commençais à entrevoir les contours de cette bien étrange communauté résistante de joueurs de Starcraft 1.

Starcraft 1, un jeu entre deux âges

Starcraft 1 me séduisait avec son petit côté « web 1.0 » qui, pour ma génération, avait représenté un aboutissement ultime, l’image même du futur (voir mon précédent article). Pourtant, j’avais la sensation déroutante de m’investir pour une cause désuète et vouée à une fin certaine, étant donné l’imminence de la sortie de Starcraft 2. Cela rendait le niveau de maîtrise, mais aussi l’agressivité, l’esprit de sérieux et l’obstination des joueurs participants (dont certains avaient donné dix ans de leur vie pour en arriver là) complètement surréaliste, voire accablante… Et je faisais, moi, partie de tout ça. Fallait-il que je me change en bête moi-aussi ? Où étaient passées l’insouciance et l’innocence du papa gamer ?

Et puis… et puis à la sortie de Starcraft 2, les serveurs européens se sont rapidement dépeuplés. J’ai fait ma désintoxication en retournant au boulot et en plaçant enfin mon fils en crèche. La page était tournée, et je me sentais réellement soulagé.

LE PASSAGE A STARCRAFT 2

Le sommet, très original, d’une pièce montée

C’est là qu’on m’a offert Starcraft 2 : Wings of Liberty. Faute d’une machine suffisamment puissante, le jeu allait rester sur l’étagère jusqu’à noël 2013, où je pourrais enfin l’essayer. Blizzard avait déjà publié l’extension Heart of the Swarm… Qu’importe ? Je brûlais d’ores et déjà de faire la campagne et de vivre la suite de l’histoire 15 ans après. C’était reparti ! Mais au bout de deux weekends sans trop forcer, j’avais torché la campagne, et pas question de me la retaper en mode brutal ou je-ne-sais-quoi. J’avais bien l’intention, fort de mon expérience « à la dure » sur Starcraft 1, de me lancer directement dans le jeu en ligne.

 

Scène de la vie quotidienne en Terran vs Protoss : un affrontement entre unités de base : inégal… !

J’ai décidé de jouer Terran, car j’ai toujours adoré cette race, notamment pour leur musique d’ascenseur rock’n’roll. Mais j’ai vite déchanté devant la surpuissance des joueurs Protoss, même débutants, qui avaient reçu un sacré avantage au niveau de l’équilibrage du jeu. Les Zergs étaient toujours aussi pénibles que dans Starcraft 1, cela ne changeait pas. Mais les Protoss… Diantre ! Mon grand fils, qui me regardait jouer, a fini par me convaincre de lui acheter une clé du jeu pour avoir son propre compte : ce malin a directement pris les Protoss… Bah, pourquoi se priver quand on peut choisir le plus fort ? Et qu’attendre d’un rééquilibrage des ligues quand l’équilibrage entre les races est si discutable ?

Au fil de mes parties, je me suis très vite classé en ligue « platine », en faisant uniquement des cheese (des coups de pute, dans le jargon) et en n’ayant aucune idée sérieuse de la façon dont on pouvait jouer « macro » (en constituant une économie et de grosses armées, toujours dans le jargon). Je n’étais donc pas dans une ligue qui reflétait mon niveau réel. Il m’a fallu désapprendre, puis réapprendre à jouer, avec beaucoup de frustration. J’ai même dégringolé en ligue « or » pendant une saison, et j’ai remonté la pente jusqu’en « platine ». Cette semaine, ça fait un an pile que je stagne en ligue « platine ». Je sais jouer « macro » mais je ne tombe plus que face à des diamants, et même des maîtres, qui cumulent pour la plupart des milliers voire des dizaines de milliers de parties à leur actif. Ils ont toujours des stratégies incroyables à la limite du viol mental, qu’ils revendiquent d’ailleurs fièrement.

LE DEFI « DIAMANT »

Alors qu’est-ce qu’un remaniement du système de ligue pourrait bien changer à tout ça ? Sur Wings of Liberty, la ligue « platine » est devenue une voie de garage. Au-delà du « platine », Starcaft 2 n’est plus un jeu : ça devient une discipline. Cela demande des sacrifices, beaucoup d’expérience de jeu, et cela demande à s’intéresser à du contenu théorique et à une certaine forme de jargon à la limite de l’indigeste. Pour atteindre un haut niveau, il faut regarder des replays, arpenter les forums, endurer les sautes d’humeurs des uns et les insultes des autres, s’entraîner sans relâche à la micro-gestion d’unités et tester les build orders. Ca devient presque un travail, où l’innovation est réservée à une élite de surdoués. En tant que papa gamer, je ne peux guère jouer autrement que le weekend ou tard le soir. Et c’est précisément sur ce créneau que je tombe sur des fadas à la vie sociale plus que douteuse et qui ne font jamais la moindre erreur.

Du coup, j’ai définitivement perdu l’espoir de passer en ligue « diamant ». Je commence à avoir la même sensation que lorsque je jouais à Starcraft 1. Starcraft 2 : Wings of Liberty rassemble des joueurs résistants qui ne sont pas passés à l’extension Heart of the Swarm et qui se perfectionnent depuis très longtemps, ne me laissant aucune chance de les rattraper. La future sortie de Legacy of the Void ne fait qu’accentuer le côté futile de la démarche de vouloir progresser dans cet univers crépusculaire. Déjà Heart of the Swarm avait divisé les joueurs de par son niveau très élevé. Les « diamant » de Wings of Liberty sont souvent de simples « or » dans Heart of the Swarm. C’est donc le problème inverse qui s’y pose : les basses ligues sont saturées de joueurs aux niveaux très disparates.

Wings of Liberty, qui est la porte d’entrée obligatoire dans le monde de Starcraft 2, donnait la sensation d’entrer dans une communauté bien vivante. Or, les temps de recherche des parties à rejoindre sont de plus en plus longs, et les joueurs lambda de plus en plus rares. Sur les forums de joueurs, certains sont même nostalgiques d’une époque vielle de 4 ans à peine (!), mais déjà révolue, car Heart of the Swarm a gonflé beaucoup de joueurs, y compris des professionnels, qui sont partis la queue entre les jambes vers les MOBA. Seuls les coréens mènent vraiment la danse désormais. Starcraft a toujours été un phénomène de société chez eux et ils ont été les premiers à en devenir des joueurs professionnels, considérés comme des athlètes de haut niveau et de renommée internationale – mais il faut voir comment ils jouent, on est à la limite de l’inhumain ! Tant que l’e-sport existera, est-il possible d’avoir un système de classement en ligue et un équilibrage du jeu qui convienne aux simples amateurs ? Nous voilà dans le choix cornélien du plaisir immédiat pour tous et nivelé par le bas face à un élitisme forcené et sélectif, une problématique qui agite actuellement l’école française. Aussi, à choisir, je préfère encore l’élitisme, au moins c’est beau à regarder.


Certes, de son côté, mon grand fils se marre bien sur son compte avec ses Protoss : il est passé de « bronze » à « argent », et d’ « argent » à « or », tout ça en une année, tranquillement. C’est gratifiant pour lui. Mais moi je stagne en « platine » depuis le début, incapable de remporter ce défi personnel que je me suis lancé de monter en ligue « diamant ». Maintenant, voilà que Blizzard fait cette annonce de remanier les ligues. Ouf ! Mais n’est-il pas un peu trop tard… ?

DES MODIFICATIONS QUI N’INVERSERONT PAS LA TENDANCE

Alors, qui sait, je vais peut-être me retrouver reclassé en ligue « or » après tous ces efforts ? Ca me permettra de moins me faire exploser, mais j’ai quelque part la sensation d’être dans la mauvaise tranche, comme à chaque réforme (impôts, retraites…). Adieu la carotte, bonjour le bâton ! Après on pourra toujours rétorquer que ce jeu n’est pas fait pour moi, le résultat sera le même : un certain écœurement.

Les MOBA ne m’attirent pas davantage, mais ils ont l’avantage d’éviter toute cette phase initiale de construction répétitive et ennuyeuse des RTS que seuls les experts audacieux arrivent à optimiser. En ce qui concerne le manque de persévérance et la méritocratie… Bah, je n’ai pas besoin qu’on me fasse la morale : je suis karatéka et au niveau que j’ai atteint je sais parfaitement ce que l’engagement de soi veut dire. Voilà pourquoi je ne suis pas prêt à m’investir autant dans un jeu vidéo quel qu’il soit. Il me semble toutefois que Blizzard n’a pas su réagir à temps, sauf par des rustines de type « mode arcade » ou le récent Heroes of the Storm qui sont à Starcraft ce que la prostituée est à l’épouse modèle.

Alors quid des joueur amateurs et des fans « historiques », dont je fais partie ? Le remaniement de Blizzard va-t-il nous rapporter un peu de motivation ou au contraire nous enfoncer pour de bon ? Ah oui, pour retrouver de la motivation, il y a bien ces ligues féminines, où l’on trouve parfois de véritables bombes, telles que Tara Babcock. Si quand j’avais 16 ans on m’avait dit que ce genre de fille existerait un jour, je ne l’aurais pas cru ! Alors vive l’évolution de la société, ce n’est pas moi qui vous le dit, c’est elle-même qui vous l’explique (ci-dessous) : les MOBA vont gagner – alors est-ce une raison suffisante pour s’accrocher ou se détacher de Starcraft ? Il ne reste plus qu’à attendre Legacy of the Void pour donner un verdict définitif. Mais je ne parierais pas ma vie là-dessus.

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9 réflexions sur “ [Niouze] Remaniement des ligues sur le ladder de Starcraft 2 ”

  1. Un univers que je ne connais, n’ayant peu joué en ligne, faute de collègues et aussi, pas ma came en raison d’un univers plutôt console pour moi. Il est vrai j’ai lorgné Star Craft II pour le solo, mais ce n’est pas la moëlle de ce type de jeu. Perso, le seul jeu fait en ligne : Age of Empire II, mais sans plus. Le fait de se retrouver face à des brutos bien meilleurs à quelques choses de frustrant et d’humiliant ! Et puis, je pense que l’on a plus le temps désormais (snif) pour un loisir si chronophage comme tu le soulèves. Je pense que les éditeurs l’on compris, d’où des titres en solo plus rapide à finir comme ce fut le cas avec The Order comme l’a soulevé Gotengo ou ce fameux remaniement des ligues sur SCII. On tombe dans l’éternel débat du jeu court mais bon ou du jeu long mais moyen pour 50€ ? Ha oui concernant la demoiselle fort avantageusement mis en avant dans la vidéo, mais comment fait-elle pour atteindre son clavier, cela est impossible ;))

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  2. Je crois que la motivation « Tara Babcock » ne sera pas suffisante en ce qui me concerne. Je pense arrêter de jouer à ce jeu à la fin de la saison en cours, voire aujourd’hui même. J’aurais bien fait la campagne solo de Heart of the swarm et Legacy of the Void, mais payer 40 balles pour jouer un ou deux weekends, faut pas pousser.

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  3. Déjà une semaine de sevrage à Starcraft 2… j’ai l’impression de ne pas avoir joué depuis un mois. Résultat j’ai rallumé ma vieille Wii que je n’avais plus touché depuis 2 ans, pour un petit Super Mario Bros Wii, auquel je n’avais pour ainsi dire jamais joué. Sympa !

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  4. Un mois d’abstinence totale qui me semblent une éternité. J’ai complètement décroché de Starcraft 2 et je pense que je ne m’y remettrai pas. Les impératifs familiaux et professionnels, pour une fois, ont eu du bon.

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    1. Sûr que ce type de jeu qui demande du temps et de la répétition, une fois décroché c’est foutu pour le papagamer ! Un peu comme un jeu qui te demande une maîtrise du perso ou avec des labyrinthe de dingues, une fois lâché bye, bye … cela me rappelle Resident Evil 6 (oui la comparaison n’est pas la plus audacieuse), j’ai eu le malheur d’effacer ma sauvegarde (foutu système de jeu de merde) après un boss pour rebooter …avant. J’ai posé la manette, sortie la galette, et éteins la console sans hurler … mais en me disant : fini pour CE jeu. Depuis, il prend la poussière advitam eternam.

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  5. J’ai adoré ce témoignage d’une course effréné vers un graal inatteignable d’autant plus que tu as du gérer une vie de famille de concert
    Bravo même si la frustration semble dominée le plaisir de jouer tout de même 😦
    Je conseil absolument la vision du documentaire suivant justement sur ces coréen surhumains !

    http://www.france4.fr/emission/state-play

    Au final tu as recraqué ? 😉

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    1. Oui j’ai acheté la dernière extension, qui sera la « norme » et à laquelle il va falloir s’habituer, j’ai donc replongé, mais moins violemment. Cette fois je ne me prends plus la tête avec les classements : mon fils et moi jouons sur le même compte, et tant pis si on perd. Ceci dit on est en top ligue « Gold » ce qui n’est pas si mal. Je suis toujours aussi écoeuré par les déséquilibrages de jeu, qui n’ont pas du tout évolué. Il y a aussi le mépris des joueurs de haut niveau qui totalisent parfois plus de 15000 parties à leur actif (j’en suis à 1300 environ, ça en fait déjà beaucoup, du temps de perdu) et pour qui c’est leur vie : ils ont vendu leur âme. A ce sujet, merci pour le lien, j’avais déjà lu un reportage sur le phénomène il y a quelques temps déjà.

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