[RétroTest#22] A la « gloire » de notre élite policière : Opération Jupiter

Opération Jupiter. Je rebondis sur l’actu récente pour présenter ce jeu vidéo, qui fit autrefois l’éloge de nos forces de l’ordre hexagonales sur les ordinateurs de vieille génération. Ceci tout en paradoxe, car Charlie Hebdo fut finalement vengé par cet appareil policier qu’il a si souvent fustigé. Mais le choix d’aujourd’hui n’est pas anodin, comme vous allez le voir…


Ce matin, lors de la commémoration en hommage aux victimes de la tuerie, au sein de ma petite ville (où moi, ma femme et mes enfants avons peut-être été identifiés et blacklistés par des ennemis de la démocratie envoyés là incognito !), j’ai vu deux jeunes en cagoule discuter sereinement avec un gendarme en faction armé d’une mitraillette… Du jamais vu ici. Et là je me suis subitement dit « ce sursaut républicain va susciter des vocations, voire un regain de sympathie pour les hommes en bleu (marine) ! » Ça tomberait presque bien, hélas, étant donnée la crise du recrutement chez les policiers, et accessoirement chez les professeurs, deux corps de métiers haïs et qui, à eux deux, rendent cette fonction publique vraiment « publique », et par ailleurs revêtus de tous atours des plus grandes devises de notre système démocratique. Et puis chez les journalistes, on ne constate pas de crise de recrutement, bien au contraire : népotisme, copinage, et risque maximum – cette filière, si élective qu’elle fut, est définitivement bouchée, pour le coup, sans parler des blogs comme nous, qui ne cessent de leur faire de l’ombre… Mais trêve de bavardages, voici le jeu rétro du jour en rapport avec l’actu du jour : Opération Jupiter !

En 1988 sortait sur Amiga, Atari ST et consorts le premier jeu antiterroriste au monde, bien avant Rainbow Six… et de plus est, il s’agissait d’un jeu français ! Opération Jupiter a en effet été réalisé par Infogrames, à qui l’on doit entre-autres l’immense Nord et Sud, V-Rally, et Alone in the Dark (à ne pas confondre avec Aline in the Dark, film classé X s’il avait toutefois eu le bonheur d’exister – ok, je sors).

Opération Jupiter a bénéficié de nombreux portages – y compris sur NES ! – et a parfois du changer de nom : Hostages ! ou Rescue: the Embassy Mission. Le scénar ? Des terroristes basanés déboulent et attaquent une ambassade. Le GIGN arrive presque aussitôt et prend les choses en main. Le jeu est plutôt sympa et propose trois phases bien distinctes : infiltration, sniper et assaut. Nord et Sud proposait également plusieurs phases de jeu en alternance (conquête, attaque de train, de la banque, batailles, etc.) avec plusieurs points de vue, et plusieurs façons de jouer. Réussir partiellement une phase obligeait ainsi à assurer d’autant plus dans les phases suivantes. C’était un système d’immersion, basé sur la multiplicité des points de vue, plutôt bien foutu.

Au final, Opération Jupiter se fait presque document socio-historique parce qu’il illustre plusieurs poncifs du terrorisme et de l’anti-terrorisme de façon délibérément manichéenne, notions qui n’ont visiblement pas beaucoup changées, du moins à ce qu’on a pu voir ces derniers jours. Cependant, au vu des phases de ce jeu, on est en droit de se demander du bien fondé de certaines actions, parfois à la limite de l’illogisme :

  • Lors de l’infiltration : non mais c’est quoi ces projecteurs à la con ? On est un agent du GIGN et on a l’impression d’être un vilain forcené, en train de s’évader d’une prison haute sécurité. Et puis où ils les ont chopé ces projos d’abord, hein ? Ils ont que ça à faire de les braquer sur la rue pour surveiller ? Et puis aussi, pourquoi ils ne font pas le tour du bloc au lieu de… ? Oh et puis zut.
  • Lors de la phase sniper : les terroristes détiennent des otages, nom de nom ! Et les mecs du GIGN snipent comme des dingues toute silhouette se rapprochant des fenêtres ! Moi je suis terroriste, je vois mon camarade tomber à la fenêtre, je te fous la misère parmi les otages, sans réfléchir ! Et puis cet hélicoptère, en pleine ville, tu ne crois pas qu’il se serait fait repérer par les terroristes avant même de larguer l’unité d’intervention, cassant tout effet de surprise ? C’est abusé !
  • Lors de l’assaut : ça manque un peu de cohérence entre les mouvements des otages et des terroristes, sans parler de l’interaction entre tout ce joli monde, ou du « radar » qui permet de détecter qui est qui d’une pièce à l’autre tel un mentaliste en gilet pare-balles… mais c’est encore la partie la moins irréaliste du jeu – et qui plus est en 3D ! – même si techniquement, c’est bien en deçà de ce qui se fait actuellement, on s’en doute.

Bon allez, le jeu est plutôt bien foutu, tout compte fait, même s’il est court. Pour ceux qui le connaissaient, vous vous souvenez peut-être qu’à la fin, victoire et défaite se confondent : c’est la même image, que vous gagniez ou que vous perdiez ! Seul le titre de la coupure de presse change et fait la différence… Intéressant non ? C’est donc la presse qui a le dernier mot. Et c’est là que le bât blesse, d’ailleurs : qui perd gagne, et qui gagne perd. Victoire ou défaite, c’est le même résultat, dans Opération Jupiter, comme dans Charlie Hebdo. Une attaque terroriste, une intervention policière, des tas de morts pour rien, et les médias qui dirigent finalement l’opinion. Mais vers quoi ? Va-ton virer comme aux Etats-Unis après le 11 septembre (avec le patriot act) en nous durcissant, en mettant en avant un patriotisme intéressé, ou une dérive sécuritaire ?

« Ça justifie les flics, ça fait vendre les fusils » chantait Renaud. Et lors de la commémoration de ce matin dans ma petite ville, ils ont passé « Où c’est que j’ai mis mon flingue », du même chanteur. J’ai trouvé ce choix un peu cavalier pour des élus locaux, vu qu’il dit à un moment « et votre République moi j’la tringle »… Tout en paradoxe, ça restait donc quand même un bel hommage à Charlie Hebdo.

C’est ça, aussi, la fête de la vie

Depuis trois jours, nous, personnes sensées, détachées des passions médiatiques et de la tentation du pouvoir, sommes obligés d’attendre, d’observer, d’ajuster notre point de vue, de ne pas durcir notre discours, d’avaler le poison et de le recracher aussitôt. Et en même temps, nous devons continuer à agir dans notre communauté, en nous engageant, comme tous les matins, dans notre vie quotidienne, dans nos boulots, dans nos familles, sur nos blogs – bref, nous continuons à vivre – creusant plus profond nos rides et nos discours à l’aune de ces terribles nouvelles. Nous sommes bien forcés de lire et en retour d’être lus – comprenne qui pourra – et de transpirer goutte à goutte cette énorme gueule de bois. Au plus vite elle sera passée, au plus vite nous reprendrons la fête de la vie : contre la gueule de bois, la meilleure solution est encore de rester bourré. C’est ça, aussi, la fête de la vie. Et au plus vous y aurez invité de monde, au plus vous aurez une chance de gagner la partie.

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3 réflexions sur “ [RétroTest#22] A la « gloire » de notre élite policière : Opération Jupiter ”

  1. Qu’est-ce qu’on retrouve cette ambiance du jeu ST dans cette « opération jupiter », franchement quelle période : mes cousins avaient un Atari 520 ST, et je bavais dessus ! Nord et Sud, Skweek, etc, etc. Vraiement une grande époque (sans parler des jeux Luca’s art).

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  2. Beau et respectueux parallèle avec l’infamie qui a frappé la France début 2015…

    Je ne connaissais pas du tout

    Une sorte d’ancêtre de la Police Quest SAGA ?

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  3. Respectueux ? Un peu ironique quand même… ! Prendre du recul sur ces événements est extrêmement difficile, et je pèse mes mots. Mais comme quoi, les jeux vidéo rétro sont parfois un moyen de faire des parallèles avec l’actu récente. Autrement, je ne connais les Police Quest que de nom… Mais Opération Jupiter était clairement orienté « action », et se jouait au joystick, du moins sur Atari ST.

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