[je(u) vi(déo)#2] Quand le jeu vidéo m’a sauvé la vie

RVA
Publié le 28/06/2013

Partant du boulot pour aller faire quelques courses, le temps est maussade. Un départ à l’image d’une vie d’urgence, on se dit qu’il ne faut pas perdre de temps sur la route ou en boutique, car il faut toujours aller plus vite. Pas le temps de regarder son environnement, d’observer son voisin, se dépêcher de consommer, car de nouveau il faut partir bosser, trimer, tête baissée et se relever, pour aller bosser, manger, consommer et… tiens, une goutte tombe sur mon pare-brise, puis une seconde suivie de millions d’autres qui m’indiquent que le grain dans l’air chargé de pluie vient d’éclater.

Autour de moi, d’autres voitures qui mènent leurs vies à toutes allures, et vite, vite on doit avancer. Pare-chocs contre pare-chocs, dioxydes de carbone évaporés par milliers de tonnes et températures en hausse deviennent notre enfer instantané. On se dit la voilà notre évolution : devenus esclaves de nos moyens de locomotions, qui en nous libérant des distances deviennent des outils d’aliénation, nous enfermant dans une bulle métallique coupée du monde… mais vite, vite il faut aller au-devant de l’inévitable. L’évolution ? 500 000 ans de dévolution plutôt. La radio bien sûr est coupée, car les nouvelles du monde sont si mauvaises, que je me dis qu’il n’est pas étonnant que le pessimisme en France soit si courant : franchement, que de mauvaises nouvelles agitées par des médias qui finalement nous abrutissent et nous conduisent à une morosité ambiante ! Enfin, j’arrive à destination et je dois repartir, car vite, vite le temps n’est pas extensible et il faut avancer, avancer vers l’abattoir. L’air est moite, chargée, lourd… un virage, un second virage, la pluie est toujours là, humidifiant une route déjà grasse par les reflux de carburants anciens … et là sur cette paisible route, tout bascule « l’horreur de la (petite) histoire, cette force hostile, inhumaine qui non invitée dans nos vies, l’envahit et peut décider de la démolir » (Kundera).

penser à la monstruosité qui risque de m’arriver

Ma voiture, hors de contrôle part dans un gigantesque tête à queue, à gauche, à droite, de nouveau à gauche vers le fossé qui s’approche, tout comme les voitures qui arrivent en face. La scène semble s’immobiliser le temps d’une fraction de seconde, le décor aux alentours, le regard fugace et inquiet du conducteur d’en face, l’Iphone qui vole dans la voiture et mon regard qui se perd dans le rétroviseur arrière en pensant à la monstruosité qui risque de m’arriver. Cependant, mes gestes loin d’être désordonnés, paniqués sont étrangement ordonnés et par un coup de volant à gauche puis rapidement à droite et de nouveau à gauche, arrivent à remettre mon véhicule dans le sens de la circulation, évitant de déborder ma voie et surtout de tomber dans  le fossé sur la droite. Reprenant le contrôle de mon véhicule, je stabilise ma voiture (un vrai tank roumain sois-dit en pensant;) et me gare sur le bas côté de dégagement le temps de reprendre mes esprits et constater que je n’ai pas un pneu crevé.

Burnout dans la vraie vie ?

Un ange passe … L’adrénaline, redescendant comme me le prouve mon pouls qui redevient celui d’un être humain, je tente de faire le bilan de ce qui aurait pu être, et le pourquoi du comment d’un tel événement dont la portée aurait pu être dramatique : un vrai burnout. Est-ce que la vitesse est responsable ? Ai-je fait preuve de légèreté ? Regardais-je la route ou étais-je parti dans mes pensées, loin de cette vie qui peut parfois être si futile ??? Mais surtout, c’est ma réaction face à cette situation potentiellement dangereuse qui m’étonne. J’ai pris plusieurs initiatives en l’espace d’une 1/2 seconde, mes gestes ont suivi une forme d’instinct atavique, comme basés sur l’habitude, et on se surprend à penser à ce que l’on a fait… sans y réfléchir. N’étant pas pilote professionnel (loin de là), je n’ai pas d’expérience autre que celles de mes années de conduite quotidienne qui demeurent mon seul entraînement … mise à part la pratique régulière d’exercice mental mettant en jeu mes réflexes, régulièrement, mais assis confortablement dans mon fauteuil et en toute sécurité, vous l’avez compris, je parle bien entendu des jeux vidéos, pratiqués depuis ma tendre enfance. Certes, j’ai une vraie vie en dehors qui limite heureusement tous loisirs envahissants — je ne suis pas un geek des cavernes, isolé du monde — je sors, fais du sport, rencontre des amis et couvre mes proches et mes tendres d’amours comme tout un chacun, mais cependant… je ne peux me détacher de croire que cette réaction est liée à une forme de réflexe que je n’ai pu obtenir par un autre biais.

le jeu tout court stimule nos instincts

En effet, ne vous est-il jamais demandé d’où venait votre prise de décision rapide, votre analyse d’un événement, voire son éventuel contournement auquel vous avez pensé plus rapidement que d’autres ? Oh, je n’invente rien, de nos jours certains psy se sont penchés sur cette question, et démontre le potentiel réel des jeux vidéos loin de l’image dégradante et abrutissante que véhiculent les mass médias régulièrement. Le blog tenu régulièrement par le psychologue Yann Leroux est là pour en témoigner : le jeu vidéo, à l’instar des jeux de plateau, du jeu tout court stimule nos instincts, nous apprend à gérer une situation problématique, voire à développer des stratégies qui conditionnent nos réflexes progressivement, heure après heure de pratique, tel un sport qui entraîne une mécanique intellectuelle. De plus, par le biais de codes multiples et variés, le joueur est forcé de les assimiler à son corps défendant, malgré une logique tout autre : une fleur dans Mario sert à… donner la capacité de créer des boules de feu, ce qui n’étonne plus le joueur lambda qui a intégré ce code parmi tant d’autres, stimulant son imagination propre.

Un autre aspect positif du jeu est sa capacité d’évasion du réel tout en n’étant pas déconnecté de ce dernier à l’instar du cinéma ou de la musique. Ainsi, on trouve du plaisir à s’évader, et luxe du jeu, devenir acteur de cette émancipation grâce aux multiples possibilités que le joueur met en scène : dans la série canonique des GTA on peut écraser des piétons ou respecter le Code de la route (assez chiant, bien que nécessaire dans la vie réelle;), dans le mythique Red Dead Redemption, on peut parcourir le désert pendant des heures sans buts plutôt que suivre le script du jeu…. bref le joueur est face à des possibilités qu’il contrôle et qui lui permettent cette folie libératrice, cette expérience virtuelle sans danger qui construit parmi d’autres sa personnalité. Car là est l’un des nombreux intérêts du jeu : stimuler notre imagination, mais aussi participer à la construction de notre savoir-être, bref de notre propre personne. Et là, je peux dire merci au jeu vidéo, car qui sait ce qu’il se serait passé dans ce foutu virage… .


P.S. : le symbole en illustration de cet article est issu de la culture sino-vietnamienne, et se nomme Chữ Song hỷ. Il représente le bonheur, la longévité et  la prospérité.

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