[je(u) vi(déo)#1] Charognards et violence ordinaire

Après avoir lu – catastrophé – un post de l’ami Mikadotwix sur le comportement bestial de cons(ommateurs), se jetant avide sur les soldes organisés par l’enseigne maladive Virgin (après avoir sûrement rongé l’os de l’enseigne Game), je suis en plein désarroi face à ce suicide collectif, non de Virgin mais du vivre ensemble devenu bien moribond.

Son témoignage, ainsi que celui très pertinent de Rue 89, sont consternants : une foule hostile devant une grille d’entrée, véritable cloaque pseudo humain, trépignant d’attente, insultant les ex-futurs salariés postés derrière… je ne peux m’empêcher de citer quelques citations rapportées, dignes d’un S.S. : « vous devriez être contents, on rachète vos indemnités », « vous n’allez pas vous plaindre d’être bientôt au chômage : vous vendez aujourd’hui, et je contribue en achetant »… 

 » Toujours du plaisir n’est pas du plaisir « , Voltaire
(Extrait du Zadig ou la destinée)

comment peut-on en arriver là ?

Jouant des coudes pour avoir la meilleure « place » pour saisir à pleine main leur veau d’or, en hurlant, oui hurlant leur soif consommatrice pour quelle raison ? …. gagner quelques euros supplémentaires en revendant sur leur boncoup.fr ou Ebouc le soir même, leurs prises du jour, l’écume aux lèvres… Mais comment peut-on en arriver là ? Franchement ? Bien que consommateur également par le biais de plusieurs passions, je ne me vois pas bafouer mes règles et principes de vie pour obtenir un bien qui demeure si éphemère de toute façon …. Comment perdre de vue ce qui différencie l’homme de l’animal (et encore, l’animal n’a pas cette folie consumériste qui lui fait perdre sens), violer la plus élémentaire des politesses et du savoir-vivre, bref ce qui nous fonde en tant qu’être conscient, mais avant tout intégrer dans un tout social, car devant (normalement) distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais et conserver une empathie naturelle qui lui évite de tomber dans la plus profonde bestialité ?

impossible désormais de justifier ces comportements

Remarque, serais-je naïf pour oublier les innombrables incivilités quotidiennes des jeunes et moins jeunes, ces tags marqueurs de territoire proche du balisage canin, ces doigts tendus, ces regards hostiles dont l’origine m’échappe (instinct de meute ???) ou encore l’absence de solidarité face à la détresse la plus élémentaire ? Oublié-je la violence ordinaire de nos villes, dans nos services publics et sur les places publiques ? La dernière sauterie du PSG est venue nous rappeler qu’une fête qui devrait symboliser la joie de se retrouver, communiant une cause commune devient l’hallali où le moindre bien public (ou privé) est saccagé, volé… . Bien que l’explication d’une société violente créée par l’organisation sociale du capitalisme a longtemps conservé mes faveurs, je ne peux plus accepter (est-ce l’âge ??) le fait que dans certains cas de plus en plus médiatisés, des individus pris dans la masse perdent tout sens, toute empathie et nient des valeurs familiales, cultuelles et d’autres enseignées à l’école durant plus de… 10 000 heures (temps scolaire moyen d’un élève en France, quand même), cela est inquiétant. Il m’est dur impossible désormais de justifier ces comportements pour quiconque veut vivre dans un monde civilisé. Des victimes, ces chacals ? Qui pillent, cassent et brutalisent des personnes qui bossent pour survivre avec un SMIC ? Ayant milité durant des années, je l’affirme avec force : si le capitalisme est un système pourri (par sa logique inégalitaire dans la redistribution des bénéfices produits, car l’investissement de départ n’est jamais un gage éternel de domination), une quelconque victimisation des auteurs de ces actes n’est pas recevable. Ces pillages et violences volontaires, ne peuvent-être excusable, jamais. Oh certain, se gargariseront sur le manque d’éducation, problèmes sociaux divers de ces casseurs et autres chacals/ ratisseurs, mais je reste intiment convaincu que chacun est responsable de ses actes et finalement doit les assumer …. Cet exemple, nous rappelle que cette plèbe peut se comporter de manière violente, bestiale et finalement n’est pas si éloignée de ces canailles dont regorge l’histoire, qu’elles participent aux émotions ou autres jacqueries courant du Moyen-âge au XVIIIe siècle.

21 mai 1358 : La grande Jacquerie

Certes, au XVIIIe siècle on brûlait et égorgeait pour demander du pain, désormais on casse pour… casser ou pour avoir le dernier Ipapad pour… exister. Cependant, cette violence est loin d’être l’apanage d’un seul groupe, et être cultivé, réformiste n’est parfois pas suffisant pour ne pas se transformer en un rouage d’une machine à tuer. Les guerres et autres facéties du XXe siècle nous ont donné leur lot de violences orchestrées par des États, ayant été ou non des démocraties, jeunes comme l’Allemagne ou anciennes comme la France. Il est vrai quand le mal devient banalité, quand il est autorisé les résultats en sont bien plus dramatiques.

Alors, victimes ou bourreaux ?

L’expérience de Milgram nous démontre que l’homme a une capacité à obéir (dans ce cas, « punir » un cobaye humain par l’envoi de décharges électriques). Face à des ordres, sa conscience se dilue devant l’accomplissement d’un devoir que l’on veut croire gratifiant, pour son propre bien-être. D’autre part, si l’on suit une autre piste, est-ce que ces comportements ne sont pas l’aboutissement de la société du spectacle : effacer le citoyen et le rendre aliéné d’une consommation surannée, agitant son instinct de conservation de prédateur en le transformant en un chacal consommateur, avide de biens et perdant tout sens de l’existence ? Où tout simplement, est-ce la nature humaine qui a cette part d’ombre, cette part des « ténèbres » ? Oui, et alors faut-il l’accepter, se dire qu’après tout c’est notre nature ? En effet, quand l’on voit l’histoire et son tourbillon qui nous prend, nous porte et parfois nous perd, on ne peut que trembler : quid du républicain allemand de Weimar devenu un tortionnaire S.S., quid du paysan cambodgien transformé en un rouage Khmer rouge, quid du Français lambda écrivant sa lettre de dénonciation sous Vichy ? Je vous laisse imaginer, ce qu’il se passerait en cas d’apocalypse nucléaire, zombification générale (what’s else 😉 ) et autres catastrophes pulvérisant toute règle de société, de loi… le danger finalement n’est pas dans un inconnu lointain, mais bien plus proche de nous… en fait, il est en nous.

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3 réflexions sur “ [je(u) vi(déo)#1] Charognards et violence ordinaire ”

  1. Aussi loin que je puisse être, j’ai lu avec effroi et désolation ton article. Mon dieu j’ai honte pour eux.
    Ici à Bali pas de chacal consumériste. la consommation est loin de leur préoccupation. Les Balinais nous voient vraiment comme des bourses embullantes. Sommes nous que çà pour eux, en tout cas ils savent bien en profiter et ils savent bien nous arnaquer quand il le faut. L’argent, pire fléau de notre monde

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  2. Je découvre ce post bien longtemps après avoir rejoint le blog… Je suis actuellement dans une réflexion sur cette part d’ombre que tu décris et étayes de façon argumentée. Non pas de savoir si on doit l’assumer ou l’éviter, mais peut être, d’arriver à atteindre sereinement une posture où on pourrait se dire « non je n’en suis pas, de ces gars-là » malgré tous ces exemples de dérives. C’est comme quand on est ado et qu’on cherche vaguement une identité sexuelle, tout en ayant le doute comme moteur de vie par défaut : tous ces cas de « coming out » sur le tard de certaines personnes (y compris après avoir fondé des familles avec enfants, et pour certains à plus de 40 piges passées) nous font nous interroger sur nous-mêmes (pourquoi pas moi ?) et parfois souffrir pour des prunes, parce qu’il n’existe aucun mentor, aucun exemple, aucun référent concret pour l’individu « normal » à l’heure actuelle. Alors qu’au final, on sait bien ce que l’on est sans avoir à chercher des milliers de lieues au fond de soi-même, ou à tenter milles expériences « pour vérifier » et dont on n’avait pas besoin (c’est ce que j’appelle la guérison maladive). Et au pire… whatever (mais celà demande de la maturité). Le grand dilemme de la résistance, de la collaboration ou de l’acceptation… toujours après coup…

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